HENRI ROUSSEAU (1844-1910)

L'homme qui croyait être un autre

Paris, vers 1907. Tandis que l'art moderne est en train de naître,
le douanier Rousseau peint pour son plaisir…

Monsieur Rousseau était douanier.
Non pas, comme vous le pensez,
un intrépide carabinier
qui traquait les contrebandiers,
mais, comme il ne le disait pas,
un modeste gratte-papier
employé à l’Octroi de Paris
pour contrôler les droits d’entrée.
Ce qui lui laissait du temps pour dessiner.

HENRI ROUSSEAU
Le douanier Rousseau :
L'Octroi, 1890

Monsieur Rousseau aimait la grande peinture.
Non pas, comme vous le croyez,
les grands chefs d’œuvres des musées,
où il n’avait d’ailleurs jamais mis les pieds,
mais, et c’était sa fierté,
les tableaux des peintres pompiers,
bien sages, bien lisses et bien proprets
du Salon des Artistes Français.
Et il faisait tout son possible pour les imiter.

HENRI ROUSSEAU
Le douanier Rousseau :
Moi-même, portrait-paysage 1890

Monsieur Rousseau faisait de grands voyages.
Non pas, comme vous l’imaginez,
des périples aventureux
vers des pays mystérieux,
mais, et c’était son secret,
les voyages imaginaires
qu’il faisait au Jardin des Plantes
entre la ménagerie et la serre.
Et c’est dans les albums qu’il aimait voyager.

HENRI ROUSSEAU
Le douanier Rousseau :
Paysage exotique, 1910

Monsieur Rousseau était un peintre de premier plan.
Il exposait aux Salon des Indépendants
et il avait beaucoup de succès.
Non pas, comme il le pensait,
pour son grand savoir-faire
et son impressionnante habileté,
mais, vous vous en doutez,
pour sa grande simplicité
et son étonnante naïveté.

HENRI ROUSSEAU
Le douanier Rousseau :
La carriole du père Juniet, 1908

Monsieur Rousseau était l’ami des peintres et des poètes
qui l’invitaient à toutes leurs fêtes.
Non pas, comme il le croyait,
parce qu’il était le plus savant
et le plus sérieux d’entre eux,
Mais, vous l’avez deviné,
Parce qu’il était le plus innocent
et le plus original.
Et que son univers était vraiment très personnel.

HENRI ROUSSEAU
Le douanier Rousseau :
La Charmeuse de serpent, 1907

Et lorsque Monsieur Rousseau mourut,
il devint un héros pour tous les artistes
Non pas, comme il l’imaginait,
parce qu’il était le meilleur des peintres réalistes,
mais, vous l’avez compris,
parce qu’il était, bien malgré lui,
le plus grand des peintres naïfs.
Et qu’il fut le premier à peindre comme on rêve.

HENRI ROUSSEAU
Le douanier Rousseau :
Le Rêve, 1910

 

 

Sylvie Léonard, petites histoires d'artistes

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