ALEXANDER CALDER (1898-1976)

Une vie en fil de fer

Paris, vers 1925. C'est parfois en suivant un cirque ambulant
qu'on peut trouver son chemin…

 

C’est pour payer son voyage à Paris qu’Alexander s’était fait reporter.

 

Il avait passé un mois dans un cirque à suivre les gens du voyage et avait écrit des articles pour raconter leur vie. Comme il était bon dessinateur, il avait fait quantité de croquis sur tous les artistes du cirque et sur les animaux de la ménagerie. Il dessinait tout d’un trait. Sans jamais lever son crayon. Sans faire de ratures ni de brouillons.
Ses petits dessins avaient été achetés par un magazine américain et Alexander avait pu s’embarquer pour Paris.

Alexander Calder Alexander Calder Alexander Calder
Alexander Calder : Acrobates en fil de fer, 1925-1926

La première chose qu’il fit, quand il arriva à Paris, fut d’acheter un rouleau de fil de fer. Et dans sa chambre, dès qu’il le pouvait, il sculptait comme s’il dessinait les acrobates et les jongleurs, les animaux et les dompteurs, les clowns et les musiciens pour faire un cirque miniature. Entre ses doigts le fil de fer s’animait comme par magie pour donner toute sa grâce à la trapéziste, toute sa souplesse à l’équilibriste, toute sa puissance à l’haltérophile…

 

Comme il était aussi un habile ingénieur, il inventa pour chaque personnage, avec des petites pièces de moteur, un système d’articulation très perfectionné qu’il pouvait manipuler avec des bras mécaniques et un petit moteur électrique.
Il fabriqua aussi une piste miniature avec des petits morceaux de bois et un portique très sophistiqué avec des morceaux de ferraille. Quand le dispositif fut au point, il invita chez lui tous ses amis.

 

Le spectacle fut magnifique.

Alexander était à lui tout seul tous les personnages du cirque. Il était Monsieur Loyal, qui annonçait un à un les numéros. Il était le chef d’orchestre, qui sifflait de la trompette et de la clarinette. Il était le machiniste, qui actionnait au bon moment les agrès et les accessoires. Il était le marionnettiste, qui manipulait les fauves et les artistes. Mais il était aussi le lion qui rugissait, le tigre qui feulait, l’éléphant qui barrissait, et le clown qui pleurait et le singe qui riait.

Alexander Calder
Alexander Calder : Reconstitution du cirque, au centre Pompidou, 1926-2009

Alexander eut tant de succès qu’il dut recommencer cent fois pour ses amis et tous les soirs, dans son petit appartement, il accueillait de nouveaux arrivants.
Il présenta son cirque au Salon des Humoristes, on en parla dans les gazettes, et bientôt le bruit courut dans tout Paris qu’un jeune américain faisait merveille avec du fil de fer. Les artistes et les gens à la mode lui demandèrent de faire leur portrait. Alexander s’exécutait sur le champ, faisant en un tournemain des petits portraits très amusants.

 

Un jour, pourtant, Alexander se rendit compte qu’il tournait un peu en rond et qu’il n’inventait plus rien. C’est à cette époque qu’il découvrit, chez son ami Mondrian, les tableaux qu’il venait de peindre avec des carrés de couleurs vives. Et Alexander eut soudain très envie de travailler avec des formes simples, de faire en quelque sorte de l’art abstrait qui bouge…

Alexander Calder Alexander Calder
Alexander Calder : Mobile, 1962. Stabile, vers 1963

En deux temps, trois mouvements, il accrocha des fils de fer à son plafond et suspendit au bout quelques pièces de métal. Au moindre souffle d’air les petites formes géométriques se mettaient à vibrer et toutes les couleurs vives se mettaient à miroiter. Marcel Duchamp, qui passait par là, aussitôt les baptisa, et c’est ainsi que naquirent les premiers « mobiles » de Calder.

 

Si un jour vous voyez, dans un parc ou dans un musée, d’immenses plaques  de métal flotter dans l’air, souvenez-vous que tout a commencé dans une petite chambre à Paris, avec un simple fil de fer.

 

Sylvie Léonard, petites histoires d'artistes

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