Le mandala d'Ajantà

Sur les rivages du Yucatan

Ajantà, vers 950. En Inde, en Chine et au Tibet, il existe des œuvres d'art
qui ne durent que le temps de leur création…

 

Baba se pencha pour apercevoir la rivière qui serpentait au pied de la falaise. C’était la fin de la saison sèche et l’eau claire clapotait en dansant sur les cailloux. Bientôt arriverait le temps des moussons et la rivière deviendrait un torrent tumultueux. Il s’engagea sur le chemin escarpé qui descendait en direction des grottes que la rivière avait creusées sous les falaises d’Ajantà…
Sur la terrasse de terre battue, Baba posa son sac et son bâton et entra dans la première caverne. C’était un temple dédié à ‘Siva. Une grande statue de bronze représentait le dieu aux quatre bras dansant dans un cercle de flammes.

Grottes d’Ajantà Grottes d’Ajantà Grottes d’Ajantà
Grottes d'Ajantà : Statue de Shiva, Statue de Bouddha, Bodhisattva méditant, ve siècle

Il entra dans la deuxième caverne. C’était un temple dédié à Bouddha.
Une statue de pierre, au centre de la caverne, semblait l’accueillir d’un sourire rassurant… Autour de la statue, les parois rocheuses étaient tapissées de sculptures en bas-relief qui racontaient la vie du Bouddha. Il était figuré en singe, en éléphant, en insecte, en femme, en oiseau ou en chèvre, suivant le cours de ses nombreuses réincarnations.
Dans la troisième caverne, il n’y avait rien, ou presque. Juste une simple fresque qui montrait un jeune homme en train de méditer, une fleur à la main. C’est là que Baba s’installa.
Il alluma quatre petits feux à l’entrée de la grotte, s’assit sur une natte de paille et ouvrit son sac. Une poignée de feuilles de verveine, quelques graines de safran, des mûres qu’il avait cueillies en marchant, un sac de riz, et quatre bols. Un bol de terre, un bol de fer, un bol de cuivre et un bol de bronze.
Il posa les bols sur le sol et mit dans chaque bol quatre poignées de riz. Dans le bol de bronze, il jeta les feuilles de verveine. Dans le bol de cuivre, il mélangea les mûres. Dans le bol de terre, il écrasa les graines de safran et dans le bol de fer, il ne mit rien du tout. Il versa dans chaque bol un peu d’eau et enfouit les quatre bols dans les cendres chaudes. Puis il s’étendit sur sa natte et s’endormit…

Grottes d’Ajantà
Grottes d'Ajantà : Portrait d'un moine bouddhiste, ve - vie siècle

Le lendemain matin, dès le lever du jour, il s’installa sur la terrasse de terre battue et posa près de lui les quatre bols. Le bol de verveine était rempli de grains de riz d’un beau vert clair. Le bol de safran était rempli de grains dorés. Le bol de mûres était rempli de grains d’un rose  intense. Et le quatrième bol était plein de riz blanc. Il prit une pincée de riz blanc et traça sur le sol un carré, en déposant les grains un à un. Sur les côtés du carré, il traça quatre portes, l’une tournée vers le nord, l’autre vers le sud, la troisième vers l’ouest, et la dernière vers l’est.
Autour du carré, il traça un autre carré. Puis un autre carré encore. Autour du troisième carré, il traça un cercle parfait, un mandala, qui contenait tout l’espace du ciel. Et au centre du premier carré, il traça un petit cercle qui contenait toute l’énergie de la terre. Alors, il prit des grains de riz jaunes et il dessina, au centre du premier cercle, l’image du Bouddha assis en lotus.
Ensuite il prit les grains de riz rouges et couvrit toute la surface du cercle autour du Bouddha, jusqu’à ce qu’il ne voie plus un seul petit grain de terre.
Autour du cercle central, avec les quatre couleurs, il dessina dans chaque maison des figures, des images, et des signes. Et chaque dessin était une mémoire, comme un poème sur la longue route qui l’avait mené jusqu’à Ajantà.
Il chantait doucement des mantras en accompagnant son travail. Des mélodies vives et joyeuses lorsqu’il dessinait avec des grains rouges comme le feu ou jaunes comme la terre, des mélodies douces et rêveuses lorsqu’il dessinait avec des grains verts comme l’eau ou blancs comme l’air. Il organisait les images et les signes selon une symétrie parfaite et répartissait les quatre couleurs selon un ordre régulier, comme s’il voulait refaire l’ordre du monde. Ses yeux, fixés sur les figures et sur les signes du mandala, embrassaient tout l’espace du cercle. Tout son esprit et tout son corps étaient entièrement tendus vers les dessins qui naissaient sous ses doigts.

Mandala du Tibet,
Mandala du Tibet, xixe siècle

 

 

Sylvie Léonard, petites histoires d'artistes

Télécharger le PDF

Retour Petites histoires d'artistes