L'ART DES YORUBAS

Les fils d'Ogun

Royaume d'Ife, vers 1200. En Afrique, les Yorubas honoraient leurs ancêtres
en sculptant leur portrait…

 

Au commencement était Olorun, qui créa la terre et les hommes.
Puis il y eut Shango, le dieu du tonnerre, qui donna aux hommes le feu.
Ensuite, il y eut Ogun, le dieu de la forge, qui donna aux hommes le fer.
Enfin, il y eut Oduwa, le premier roi des Yorubas, qui donna aux hommes le pays d’Ifé.

Art des Yorubas :
Art des Yorubas : Bâton de Shango, xixe - xxe siècle

Oduwa était forgeron. Il forgea pour le peuple des Yorubas des flèches pour aller à la chasse, des armes pour faire la guerre, et des outils pour travailler la terre. Puis avec une hache de fer, il tailla dans une bûche de bois l’image de Shango, le dieu du tonnerre, l’image d’Ogun, le dieu de la forge, et les plaça sur un autel, afin que les dieux lui accordent leur protection et que leur esprit veille sur sa maison.
Quand il eut fait tout cela, il se dit qu’il était temps pour lui de prendre femme.
Il épousa Awa, la plus belle fille du village et la meilleure potière du pays. Awa et Oduwa eurent sept filles et sept garçons. Oduwa apprit à ses fils à forger le fer, et Awa apprit à ses filles à modeler la terre. Et chacun de leurs enfants, quand ils furent devenus grands, enseignèrent à leurs fils le métier de forgeron et apprirent à leurs filles l’art de poterie.
Puis ils partirent, chacun de leur côté pour fonder un nouveau royaume.
Lorsqu’Oduwa mourut, tout le pays lui fit de grandes funérailles et chacun de ses fils forgea de ses propres mains le portrait d’Oduwa pour honorer sa mémoire pendant les danses rituelles.
Mais le plus jeune des garçons, Oranyan, qui n’avait pas encore quinze ans, n’eut pas le droit d’entrer dans la forge.

Art des Yorubas :Art des Yorubas :
Art des Yorubas : Statuettes de jumeaux ibeji, xixe - xxe siècle

Après les funérailles, les filles d’Oduwa rentrèrent dans leurs foyers et chacune d’entre elles modela de ses mains le portrait de leur père pour qu’il lui accorde sa protection et qu’il veille sur sa maison.
Mais Adyana, la plus jeune des filles, qui n’avait pas encore douze ans, n’eut pas le droit de toucher à la terre.

Quand la nuit fut venue et que tout le monde fut endormi, Adyana sortit de sa case sur la pointe des pieds et s’approcha de l’autel d’Oduwa. Elle pétrit une grosse boule de gomme de cactus bien tendre et, du bout de ses doigts, modela le visage de son père par-dessus celui d’Alibonou pour obtenir sa protection.
Le lendemain matin, lorsqu’Alibonou alla saluer le portrait du défunt, elle poussa un cri de frayeur. Le visage d’Oduwa était recouvert d’une pâte transparente si finement modelée qu’il semblait être encore vivant.
Pour conjurer le sort, Alibonou fit une boule d’argile fraîche et modela par-dessus un nouveau portrait d’Oduwa. Puis, pour protéger son père des mauvais esprits, elle fit durcir la terre au plus chaud du soleil.
Bientôt une étrange pâte blanche et visqueuse s’écoula de la sculpture.
Alibonou se dit que les mauvais esprits étaient partis et replaça le portrait d’Oduwa sur son autel.
Mais Adyana, qui avait assisté à tout cela sans rien dire, courut voir son frère Oranyan et lui raconta en pleurant ce qui s’était passé.

            Ce soir, nous ferons en secret le portrait de notre père.

Art des Yorubas Art des Yorubas
Art des Yorubas : Tête d'homme, terre cuite polychrome, xixe - xxe siècle. Tête de femme, masque en bois sculpté, xixe - xxe siècle

Adyana ramassa tous les petits morceaux de métal qu’elle put trouver dans le village et les apporta à son frère à la tombée de la nuit. Oranyan mit les morceaux dans une marmite et les fit chauffer jusqu’à ce qu’il ne reste plus, au fond du pot, qu’une grosse flaque de métal fondu. Alors, il fit un petit trou au sommet de la tête d’argile et, tout doucement, en prenant garde de ne pas se brûler, il fit couler le métal dans la cavité laissée par la gomme de cactus.

Au petit jour, quand le métal fut suffisamment refroidi, ils replacèrent le portrait d’Oduwa sur son autel, et, ni vus ni connus, filèrent dans leur case avant que les autres ne soient réveillés. Mais le lendemain matin, lorsqu’Alibonou vint saluer le portrait du défunt, elle poussa un cri de terreur. Le portrait d’Oduwa était tombé sur le côté, et au coin de ses lèvres, une petite goutte dorée était restée, comme un peu de sang séché. Alibonou saisit la tête et, de toutes ses forces, la fracassa contre le rocher pour chasser les démons qui semblaient s’acharner sur son père. C’est alors que l’on vit surgir de sa gangue de terre le portrait d’Oduwa coulé par Oranyan, solide et brillant comme de l’or. La petite Adyana fut si bouleversée qu’elle se précipita en criant pour saisir la tête de métal, et les deux enfants furent bien obligés de raconter leurs escapades nocturnes. Devant le village assemblé, Ajaka prit la parole.

Puis il ajouta à l’adresse de ses frères.

Art des Yorubas
Art des Yorubas : Tête d'homme, bronze à la cire perdue, xve - xvie siècle.

 

 

Sylvie Léonard, petites histoires d'artistes

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