JEAN-MICHEL BASQUIAT (1960-1988)

Mortels graffitis

New York, 1980. Dans les rues de Manhattan, un jeune haïtien brûle sa vie…

 

Pour survivre, Jean-Michel Basquiat vendait des vêtements sur un trottoir de l’East village. Il n’avait pas de logement et dormait à droite, à gauche, chez des copains. Le soir, il allait dans les boîtes de nuit et jouait avec son groupe de rock.

Il avait commencé depuis quelques temps à toucher à la cocaïne et il avait de plus en plus besoin d’argent.

Comme il était très doué en dessin, il vendait dans les restaurants des T-shirts et des cartes postales qu’il fabriquait lui-même. Au petit matin, il partait avec son ami Al pour bomber des graffitis sur les murs de la ville. C’était sa seule véritable passion.


Jean-Michel BasquiatJean-Michel Basquiat

Jean-Michel Basquiat : Autoportrait, 1982. Sans titre, 1982

Jean-Michel Basquiat était né dans un quartier pauvre de Brooklyn, d’une famille d’immigrés Haïtiens. Il avait quitté le lycée à 18 ans et ne voyait plus ses parents. Sur les murs de Soho, il disait ses colères d’adolescent, ses humiliations, ses peurs. Il signait ses graffs SAMO, ce qui voulait dire en anglais Same old shit, « toujours la même merde ».

A cette époque, les métros de New York étaient envahis de graffitis. Des petites bandes organisées se faisaient la guerre par graffs interposés et se lançaient des défis insensés. Ils s’entraînaient, par exemple, à écrire sur les wagons au moment où ils démarraient, ce qui donnait un style très particulier à leurs graffitis, rapides, énergiques, effilés.

A la fin des années soixante-dix, le vandalisme dans le métro fut très sévèrement réprimé. Si bien que les groupes de graffeurs continuèrent à s’affronter sur les immeubles de leurs quartiers…

Un soir, Jean-Michel Basquiat reconnut, dans un restaurant de Greenwich village, un célèbre critique d’art. Il s’approcha pour lui montrer ses cartes postales. L’homme lui demanda quel était le sujet de ses dessins. Jean-Michel répondit sans se démonter que c’était « l’héroïsme, la royauté et la rue ».

Henry Geldzahler était le directeur du MOMA, le plus important musée de New York. On le surnommait le Tsar de l’art. Il encouragea Jean-Michel à peindre des tableaux et lui promit qu’il présenterait son travail à des galeristes. Jean-Michel se mit à peindre sur des toiles, avec ses techniques de graffeur, des images sauvages et violentes comme celles qu’il peignait sur les murs.

A la fin de l’année, il fut invité à exposer dans une grande manifestation d’avant-garde : New York / New Wave.

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Jean-Michel Basquiat : Autoportrait, 1982. Sans titre, 1982

C’est là qu’il rencontra les plus grands peintres du Pop art, comme Keith Haring et Andy Warhol.

Andy Warhol, c’était son idole. Il avait toujours une photo de lui au-dessus de son lit.

Il commença à fréquenter son atelier de la Factory et, petit à petit, les deux peintres devinrent de grands amis.

Bientôt, Jean-Michel Basquiat fit sa première exposition personnelle et devint rapidement l’un des peintres les plus recherchés de New York. En quelques mois, ses toiles atteignirent des prix incroyables et chacune de ses expositions était un véritable événement. Les collectionneurs s’arrachaient ses tableaux à peine secs et dans les milieux branchés on ne parlait plus que du jeune prodige haïtien.

Toute une génération de graffeurs se reconnurent en lui, et participèrent, à travers le monde, à créer un courant néo-expressionniste.

Pour Jean-Michel, c’était la belle vie.

Il dormait dans les palaces, fréquentait des lieux prestigieux et sortait avec les plus jolies filles.

Il eut même une aventure avec la jeune chanteuse Madonna.

Pourtant il continuait à se sentir très seul. Seul et incompris.

Il souffrait terriblement du rejet de sa famille et s’enfonçait dans la drogue irrémédiablement.

Son unique soutien était l’amitié d’Andy Warhol. Malheureusement, le peintre disparut en 1987.

Jean-Michel ne lui survécut pas longtemps. Il mourut d’une overdose l’année suivante.



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Jean-Michel Basquiat : Sans titre, 1981. Sans titre, 1982

Mais le rayonnement de son œuvre ne s’est pas arrêté pour autant. Ses toiles sont devenues, d’année en année, de plus en plus célèbres et de plus en plus cotées. Ses tableaux ont été achetés par les musées du monde entier et son influence a continué de se propager.

Aujourd’hui, Jean-Michel Basquiat, enfant noir des ghettos de New York, a rejoint la constellation des artistes maudits, quelque part entre Jimmy Hendrix, Vincent van Gogh et Arthur Rimbaud.

 

 

Sylvie Léonard, petites histoires d'artistes

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